Ce peintre français, fort recherché de son temps, émerge peu à peu de l'oubli dans lequel il était tombé, surtout grâce aux travaux de Jacques Thuillier. Cette méconnaissance est due en partie à la rareté des données (documents, signatures, dates, dessins préparatoires) et en partie à la critique, qui s'exerça contre lui dès le dernier tiers du xviie siècle pour privilégier les compositions plus élaborées et structurées de ses contemporains. En effet Lubin Baugin, s'il s'inscrit, à partir d'une orientation maniériste, dans le courant d'« atticisme parisien » illustré par Laurent de La Hyre et Eustache Le Sueur, donna la préférence à une peinture intimiste et poétique, souvent de petit format, avec un nombre restreint de personnages noyés dans leurs pensées et peu caractérisés – l'expression du tableau résidant souvent dans l'harmonie des arabesques, la simplicité des volumes arrondis presque sans poids, la clarté des couleurs (bleus et roses fanés, jaune variant de l'ocre à l'orange) traitées d'une touche lisse. La difficile conciliation entre ce refus du détail descriptif dans les tableaux religieux (notons que les fonds de paysage sont eux-mêmes très schématiques) et la précision des natures mortes, toutes signées, qui assurèrent la redécouverte de Baugin au xxe siècle, a longtemps fait croire à deux artistes différents. L'étude des signatures semble avoir eu raison de ce problème, qui pourrait être lié à des césures dans la vie du peintre.
On ignore tout de la formation de Baugin mais, né près de Pithiviers vers 1610, il a sûrement connu les décors du château de Fontainebleau. Comme il fut reçu en 1629 maître peintre dans la corporation de Saint-Germain-des-Prés, faubourg de Paris où travaillaient de nombreux Flamands, les natures mortes se situeraient à cette époque. On en connaît actuellement quatre : Nature morte à la coupe d'abricots (musée de Rennes), au bougeoir (datée 1630, Galleria Spada, Rome), Nature morte à l'échiquier et Le Dessert de gaufrettes (Louvre) ; toutes séduisent par la rigueur de leur construct […]
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