3. Loyauté et distance
La meilleure manière de saisir les phénomènes de loyauté, c'est de les traiter comme des relations de dévouement et d'attachement entre des individus situés à la périphérie et des individus placés au centre, sous la condition de ne pas oublier les relations de ces deux catégories avec celles qui sont situées au sommet de l'organisation sociale. La distance entre ces personnes affecte évidemment la qualité de leurs positions. Mais celles-ci ne sont pas déterminées exclusivement par la distance hiérarchique car cette dernière peut aussi être vécue comme un éloignement injustifié. Si le sommet du système se perd dans les nuées, la loyauté vis-à-vis des gouvernants risque d'être abstraite et décolorée. Quant à l'effet sur le fonctionnement du système lui-même, il risque d'être dilué. Il faut que les objets de l'attachement et du dévouement nous touchent ou nous soient accessibles. Mais leur proximité peut devenir un principe de corruption : la loyauté se réduit alors à un sentiment ou à un calcul. Dans de telles conditions, la loyauté, loin de consolider le groupe, le décompose en factions rivales et en coalitions instables.
On le voit sur l'exemple du clientélisme, à propos duquel historiens, anthropologues et sociologues ont constitué une abondante littérature. Le clientélisme a été étudié dans trois contextes principaux. Dans certaines sociétés paysannes (en Italie du Sud, au Mexique, au Pérou, en Grèce), l'essentiel des transactions politiques locales se déroulent entre patrons et clients. La relation se caractérise d'abord par son asymétrie. Le patron est propriétaire, il exerce vis-à-vis des peones sans terre un monopole de l'embauche. Il est, en outre, l'intermédiaire obligé chaque fois que le client cherche aide et protection auprès de l'administration publique. Le rapport entre le patron et ses clients s'exerce dans un contexte relativement circonscrit, celui du village, de la famille. Naturellement, les liens tissés dans le village peuvent déborder jusqu'au canton o […]
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