2. Attachements, engagements et dévouements
La loyauté à l'égard de l'entreprise met en jeu des sentiments et des attitudes qui se manifestent au-delà de l'environnement immédiat et du réseau des solidarités primaires. De même qu'elle produit des conduites en dehors du milieu où elle est requise, la loyauté résulte aussi de conditions qui débordent la vie du salarié dans son entreprise. Un salarié « satisfait », content de son travail, a de bonnes chances d'être aussi un père de famille, un citoyen « bien dans sa peau ». De même, les phénomènes de désintégration morale sont en général des phénomènes cumulatifs et systématiques. Il en va ainsi pour les états de satisfaction et de « santé » morales. L'éducation antérieure, l'équilibre affectif du sujet ont beaucoup d'importance sur la manière dont il assume ses responsabilités professionnelles.
La loyauté s'adresse donc non pas seulement aux « petites sociétés » constituées par la famille ou le groupe de travail. Elle vise, au moins implicitement, l'ordre social tout entier, ce que Bergson appelait « le tout de l'obligation ». Il a été de mode d'imaginer un agencement des loyautés qui, de l'attachement à la famille, conduisait par étapes au dévouement à la nation et à l'humanité. Bon fils, puis bon époux et bon père, le citoyen de la IIIe République ne pouvait manquer d'être bon patriote, bon artisan, bon ouvrier, bon patron. On peut souhaiter l'existence d'une hiérarchie de ces obligations – bien qu'il ne soit pas toujours facile de décider laquelle a priorité. Mais la succession chronologique dans laquelle nous en faisons l'apprentissage est loin d'être claire. Surtout, la continuité dans le processus fait problème. On peut être loyal à sa femme et à ses enfants et n'éprouver qu'une loyauté très tiède à l'égard de son pays. Inversement, le civisme peut devenir une passion si absorbante que le patriote délaisse les intérêts du particulier et néglige les obligations du chef de famille.
La loyauté nous crée des attachements et des engagements […]
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