2. L'amour et la mort
De nos jours, Loulou est devenu une icône. Certes, Louise Brooks y est pour beaucoup, le type de beauté de l'actrice américaine ayant résisté, plus encore peut-être que celui de Greta Garbo, au cycle des modes – son jeu même est éloigné des mines appuyées de ses collègues d'alors. Mais ne négligeons pas le film. Bien sûr, la désinvolture avec laquelle Pabst traite l'espace déroute le spectateur moderne ; il ne respecte que rarement les conventions de raccord en champ-contrechamp déjà courantes à l'époque (c'est ainsi que deux acteurs censés se parler l'un en face de l'autre donnent l'impression de regarder dans la même direction). Mais l'éclairage est somptueux – directionnel, rasant et asymétrique. Et l'alternance de bouffonneries et de scènes langoureuses entretient un climat complexe et ambigu. L'ambiguïté se tient d'ailleurs au cœur du comportement de Loulou, et des générations entières de chroniqueurs se sont épuisés à chercher une cause unique à ses agissements : le désir sexuel, l'appât du gain, l'inconstance... Quant à la boîte de Pandore à laquelle le titre fait référence, elle n'est pas d'un grand secours conceptuel à moins d'opter pour une lecture franchement misogyne qui ferait de la femme celle par qui adviennent malheur et souffrance. Plus encore que l'Ange bleu de Sternberg (1930), Loulou semble surtout dirigée par une unique passion, séduire. Séduire tous ceux qui passent à sa portée, le père comme le fils, l'avocat comme le procureur, le garçon comme la fille... Séduire et s'arrêter là. Nulle étreinte, nulle possession ne l'émeut vraiment, si ce n'est l'ultime, dans les bras de la seule personne qui semble avoir déclenché chez elle quelque velléité de tendresse, l'éventreur... (La mort comme condition de l'amour chez une séductrice comparée à la première femme dans la mythologie grecque : cette figure clôt également le Pandora qu'Albert Lewin tourna en 1951 avec Ava Gardner).
Dans le journal de tournage qu'elle écrivit a posteriori pour la revue anglaise Sight & Sound, Louise Brooks déclare que Pabst voyait en Loulou quelqu'un que rien n'affecte et qui « agit de façon aussi simplement vicieuse qu'un enfant pourrait le faire », sans aucun « sens du péché »...
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