4. Le théoricien politique
Le théoricien politique n'a pas été à la hauteur de l'homme d'action. La lecture des Institutions républicaines est affligeante. Il s'agit de fragments publiés après sa mort et où il définit, dans un style ridiculement emphatique, la cité idéale. Que dire d'une œuvre où l'auteur s'attendrit sur le sort des vieillards astreints au port d'une écharpe blanche, réclame l'institution d'un régime végétarien pour les enfants et explique, en des préceptes bien éloignés de ceux de Sade ou de Laclos, ses contemporains, l'art de conquérir les femmes ? Sa définition de l'homme révolutionnaire ? « Il est sensé, frugal, simple, policé sans fadeur. » Sa morale ? « Celui qui ne croit pas à l'amitié ou qui n'a point d'ami doit être banni. » Nouvelles extravagances sur le mariage : « Ceux qui s'aiment ne s'unissent point par un contrat, mais par tendresse ; l'acte de leur union constate que leurs biens sont mis en commun sans aucune clause. » Mais « les époux qui n'ont point eu d'enfants pendant les sept premières années de leur union, et qui n'en ont point adopté, sont séparés par la loi ». Les filles ne pourront paraître en public sans leurs parents « tant qu'elles seront adolescentes et vierges ». Quelles sont les occupations des citoyens ? « La main de l'homme n'est faite que pour la terre et pour les armes. » Tout autre métier est répudié. Cet univers fondé sur la vertu, peuplé de vieillards, de guerriers et de laboureurs, qui refuse d'admettre les réalités d'un monde moderne en train de naître, n'est qu'une bien pâle copie des républiques idéales de Platon, de Morus ou de Rousseau. Saint-Just a-t-il eu conscience de son irréalisme ? Il note : « Le jour où je me serai convaincu qu'il est impossible de donner au peuple français des mœurs douces, énergiques, sensibles et inexorables pour la tyrannie et l'injustice, je me poignarderai. »
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