5. Pasteur et la vaccination
Pasteur utilise le mot vaccination pour désigner l'injection préventive, dans le sang d'un individu, d'un germe microbien pathogène dont la virulence avait été artificiellement atténuée. Cela immunisait l'individu contre la maladie en cas de rencontre ultérieure avec le germe virulent. Le terme vaccination rendait hommage à une pratique empirique, généralisée par le médecin anglais Jenner au xviiie siècle : l'injection de broyats de pustules de vaches atteintes de cow-pox (ou vaccine), maladie bénigne qui immunisait l'homme contre la variole, fléau très redouté à cette époque.
On savait depuis l'Antiquité qu'un patient guéri d'une maladie contagieuse (variole, rougeole, scarlatine, oreillons) ne contractait jamais une deuxième fois la maladie. Cette absence de récidive avait même incité certains médecins du xviiie siècle à pratiquer, en reprenant d'anciennes méthodes chinoises, l'inoculation préventive à des enfants de broyats de croûtes de varioleux pour tenter de les protéger contre la variole ; les résultats étaient beaucoup plus aléatoires que ceux de la vaccination jennérienne. La question de l'utilité de « l'inoculation » restait donc encore très discutée au xixe siècle ; cette question s'inscrivait d'ailleurs parfaitement dans le cadre des grands débats sur les mécanismes de l'évolution soulevés à cette époque.
Pasteur, qui n'était pas du tout naturaliste, était attiré par le lamarckisme (où il pouvait retrouver les desseins d'un Créateur tirant les êtres vivants vers toujours plus de perfection), tandis que son grand rival allemand, Robert Koch, était un adepte convaincu du darwinisme. On ne trouve donc, dans les œuvres de Pasteur, aucune réflexion sur la variation intra-spécifique ou sur la sélection naturelle. En revanche, le concept lamarckien d'une transformation directe des propriétés d'un être vivant par le milieu, transformation transmise ensuite héréditairement, confortait Pasteur dans ses recherches : son but était bien de tr […]
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