4. Destinées de l'islam
C'est situer du même coup la distinction entre islam traditionnel ou orthodoxe et islam dissident, légitimiste, contestataire ou ésotérique. En relatant « le procès de l'amour divin en islam », Massignon ne prétend pas avoir trouvé une voie moyenne ou un juste milieu, mais repéré un sillage intérieur de l'orthodoxie musulmane où les revendications tant sociales que religieuses de la tendance contestataire sont honorées. On saisit la portée d'une telle vision de l'histoire religieuse de l'islam, quand on compare cette perspective avec celles qui sont proposées par deux de ses plus grands disciples et amis, lesquels lui ont succédé, l'un au Collège de France et l'autre à l'École pratique des hautes études. Cependant que l'œuvre de Henri Corbin est une prise de position catégorique en faveur du shī‘isme et finalement d'un ésotérisme de souche musulmane, l'exposé magistral des « Schismes dans l'islam » présenté par Henri Laoust ne manque pas de laisser croire qu'il n'y a pas d'orthodoxie en islam, au point que l'on peut alors se demander comment cette communauté universelle se perpétue comme telle. Une comparaison de l'œuvre de Massignon avec celle d'un autre grand ami et collègue partira non plus d'al-Ḥallādj, mais d'Abraham. On sait que Jacques Berque a eu avec Massignon une confrontation sur les Arabes ménagée par la revue Esprit. Berque, qui devait reconnaître en Massignon le « cheikh admirable » et se reconnaissait lui-même dans la tradition d'Héraclite, l'opposait justement à la compréhension et à la promotion massignonienne de l'islam sous le signe d'Abraham (cf. G. Bounoure, in Les Lettres nouvelles).
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