2. La source sémitique
On peut discuter sur le point de départ de l'itinéraire de Massignon. Jeune étudiant, destiné avec son ami Maspero à regarder vers la Chine, il se trouve en quelque manière fourvoyé en Islam arabe par la voie d'une certaine prédilection pour l'Afrique. Dans l'ordre néanmoins du commencement, qui n'est pas celui des débuts, il semble que le point de départ de sa courbe de vie se situe au bord de la source sémitique recueillie par l'orifice de l'arabe, « langue de révélation » ou simplement « langue liturgique de l'islam ».
Massignon s'oppose systématiquement à tout essai d'inspiration colonialiste en vue de faire prévaloir les dialectes sur l'arabe classique, expression et creuset de l'universalité de l'Islam, dans la diversité des langues qu'il adopte et sur lesquelles l'arabe pratique une sorte de greffe. Il n'en reconnaît pas moins la structure de l'arabe dans le témoignage oral.
Cela pose deux sortes de problèmes : celui de l'expression poétique différenciée de toute autre expression littéraire d'une part, et de l'expression mystique d'autre part ; celui de l'exégèse, voire de l'archéologie bibliques, puisque « la psychologie expérimentale de la prière et de la dévotion et la sociologie du travail en commun » doivent y jouer un rôle au moins aussi important que l'examen clinique des textes.
Massignon a dit ce qu'il pensait aux promoteurs de l'exégèse en cours, généralement des célibataires en chambre, dans un manifeste triparti célèbre de la revue Dieu vivant, où il se joignait à Paul Claudel et à Jean Daniélou. Il n'est pas certain, du reste, que ses deux colistiers d'alors aient saisi toute la portée du propos tenu par le troisième homme.
Dans le cadre de l'exégèse biblique, la vision arabe de Massignon posait également le problème du caractère religieux du Coran et, en conséquence, du rôle spécifique de Mahomet. Retirant le livre sacré de l'islam, selon sa propre revendication, au catalogue des œuvres « littéraires », il le faisait émerger comme une fleur sauvage dans le domaine « prophétique », ce qui faisait plutôt aux théologiens l'effet d'une pierre dans leur mare qui n'a pas fini d'en répercuter les remous.
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