5. Historiographie
De 1960 à 1980, tenant peu compte des sources premières, l'historiographie de L. Kahn véhicule une image de son œuvre souvent orientée par l'architecte lui-même. Grâce à la consultation systématique des archives de l'architecte conservées à l'université de Pennsylvanie à Philadelphie, les travaux historiques ont permis, depuis les années 1990, de réévaluer l'œuvre de Kahn à la lumière des particularités de sa pratique d'architecte : les caractéristiques de la commande, les aléas du site, les différentes étapes du design, les relations avec les clients, les réseaux de relations. Le catalogue préparé à l'occasion de l'exposition présentée à Philadelphie en 1991 puis à Paris en 1992 (David Brownlee et David De Long, Louis I. Kahn. In the Realm of Architecture, Rizzoli, 1991) a apporté des informations inédites sur son enfance, son éducation, les commanditaires et les conditions économiques de ses premières commandes. Patricia Cummings Loud a comparé avec finesse les différentes attitudes de Kahn à propos d'une même typologie, celle du musée (The Art Museums of Louis I. Kahn, Duke University Press, 1989). Rappelons également d'autres travaux faisant une large part aux documents originaux conservés aux archives de l'université de Pennsylvanie : l'étude des dessins de voyage (Eugene J. Johnson et Michael J. Lewis, Drawn from the Source : The Travel Sketches of Louis I Kahn, Williams College Museum of Art, 1996), l'analyse des projets pour la communauté hébraïque de Trenton (Susan S. Solomon, Louis I. Kahn's Trenton Jewish Community Center, New York, Princeton Architectural Press, 2000). Citons enfin le livre de Sarah Goldhagen, Louis I. Kahn's Situated Modernism, Yale University Press, 2001, qui tente une réévaluation substantielle de l'épopée kahnienne en considérant le contexte intellectuel de l'époque, au sein de l'université Yale comme au sein des instances de décision politiques et gouvernementales. Cet ouvrage montre combien l'architecture comme l'architecte sont pris dans des réseaux sociaux. Pour situer l'œuvre de Kahn, l'auteur met en scène, autour de l'architecte, les figures (textes et bâtiments) de Walter Gropius, Richard Buckminster Fuller, Philip Johnson, Siegried Giedion, Le Corbusier, Mies van der Rohe, Laszlo Moholy-Nagy, Eero Saarinen, Paul Rudolph, Edward Durell Stone, ou encore Alison et Peter Smithson. Cette analyse permet-elle de mieux comprendre l'œuvre de Kahn ? Elle nous propose en tout cas le portrait d'un architecte très conscient des débats philosophiques et architecturaux de son temps et réfute ainsi le mythe du génie solitaire.
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