Né à Saint-Brieuc, Louis Guilloux était peut-être, d'origines, d'action et de style, le dernier et le plus pur des grands écrivains populistes français. D'origines d'abord : ce fils de cordonnier, ce boursier, ce journaliste à la petite semaine était de toujours sensibilisé aux luttes et aux problèmes sociaux. D'action ensuite, car cet écrivain, continuellement branché sur la vie, ne connaissait pas la tour d'ivoire et l'ermitage intellectuel : en 1935, il est secrétaire du premier Congrès des écrivains antifascistes, accompagne Gide dans son voyage en U.R.S.S. et s'occupe, jusqu'en 1940, du Secours populaire français. De style enfin : cet auteur refusait de tirer la couverture du livre à soi, dédaignait la seule spéculation formelle, le tapage individualiste, la subjectivité même, pour cultiver le souci d'objectivité, la neutralité de la prise de voix, la pose naïve du regard sur le monde des humbles.
D'où le choix d'une esthétique de prime abord peu novatrice et même assez traditionnelle qui préfère au fantasme et au délire personnel (« Je n'ai pas d'imagination », déclarait sincèrement Guilloux) la simplicité d'un réalisme enracinant les œuvres dans une géographie famil […]
