Né à Saint-Brieuc, Louis Guilloux était peut-être, d'origines, d'action et de style, le dernier et le plus pur des grands écrivains populistes français. D'origines d'abord : ce fils de cordonnier, ce boursier, ce journaliste à la petite semaine était de toujours sensibilisé aux luttes et aux problèmes sociaux. D'action ensuite, car cet écrivain, continuellement branché sur la vie, ne connaissait pas la tour d'ivoire et l'ermitage intellectuel : en 1935, il est secrétaire du premier Congrès des écrivains antifascistes, accompagne Gide dans son voyage en U.R.S.S. et s'occupe, jusqu'en 1940, du Secours populaire français. De style enfin : cet auteur refusait de tirer la couverture du livre à soi, dédaignait la seule spéculation formelle, le tapage individualiste, la subjectivité même, pour cultiver le souci d'objectivité, la neutralité de la prise de voix, la pose naïve du regard sur le monde des humbles.
D'où le choix d'une esthétique de prime abord peu novatrice et même assez traditionnelle qui préfère au fantasme et au délire personnel (« Je n'ai pas d'imagination », déclarait sincèrement Guilloux) la simplicité d'un réalisme enracinant les œuvres dans une géographie familière et paisible (principalement la campagne et la province bretonnes) et les fixant dans un mouvement historique suffisamment connu et parlant (les deux guerres mondiales, le Front populaire, la guerre d'Espagne...). D'où une tendance à évoquer des silhouettes plutôt qu'à créer des types, à retracer des existences plutôt qu'à camper des personnages, tendance qui fait naturellement pencher l'art de Guilloux vers la chronique et non réellement vers le roman : en témoignent Le Jeu de patience (1949) et Les Batailles perdues (1960), écheveaux touffus d'histoires, de destinées multiples et simultanées où Guilloux se perd lui-même quelque peu et montre, il faut l'avouer, les limites de son art, décidément mieux approprié aux formes brèves. D'où un souci modeste d'éviter les foucades, les morceaux de bravoure, les coups de […]
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