2. Une œuvre marquante
Homo Hierarchicus, qui devait primitivement s'intituler « L'Homme des castes, un système social et ses implications », ne renouvelle pas seulement l'étude d'une organisation humaine naguère étudiée par C. Bouglé, A. M. Hocart et E. Sénart. Il revient d'abord sur le rapport intellectuel susceptible d'être établi entre la civilisation occidentale, génératrice de certains modes de pensée, et la civilisation indienne, que l'on s'efforce de comprendre. L'essai trouve, à cet égard, son point de départ dans les admirables conférences prononcées en 1962 à Venise et réunies dans La Civilisation indienne et nous (1964, rééd. 1975). Il y est montré comment la religion a cessé en Occident d'assurer l'intégration symbolique : « Pour nous, la réalité humaine essentielle se trouve dans l'homme en tant qu'individu », et aussi démontré combien « le marxisme [...] est incapable de saisir, et même parfois de reconnaître, toute autre civilisation que celle qui lui a donné naissance ».
Cette dernière, fondée sur l'économie, a fait l'objet de la minutieuse enquête, ouverte en 1977 avec Genèse et épanouissement de l'idéologie économique – qui a aussi le mérite de placer sous un jour nouveau les œuvres de Locke, de Mandeville, de Smith, de Marx – et complétée en 1991 par L'Idéologie allemande : France Allemagne et retour, où achève de prendre sens l'opposition entre la civilisation égalitaire et individualiste de l'Occident moderne et le système de valeurs globalisant et hiérarchique qui est le signe distinctif d'une civilisation holiste. La belle préface que Louis Dumont, membre étranger de l'Académie britannique et de l'Académie américaine des arts et des sciences, a donnée en 1983 à la traduction française du livre de K. Polanyi, La Grande Transformation, s'inscrit dans cet itinéraire intellectuel qui a été suivi avec plus d'attention dans les pays anglo-saxons qu'en France, mais que le prix Tocqueville, en 1986, a cependant récompensé.
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