Si Homo Hierarchicus (1967) et Homo Aequalis (t. I, 1977, t. II, 1991) comptent parmi les ouvrages qui auront le plus marqué l'histoire des idées de ce demi-siècle, l'apport de Louis Dumont ne se limite pas à ces deux contributions à la connaissance des liens qui unissent l'homme à la société : aux différents domaines de l'anthropologie, le savant indianiste a consacré une série de travaux que les Essais sur l'individualisme (1983) n'ont qu'en partie recueillis. Si féconde que soit, par ailleurs, l'analyse de deux catégories idéologiques poursuivie au fil de la plupart de ces écrits, la pensée de leur auteur ne saurait non plus être enfermée dans le débat holisme/individualisme. Louis Dumont s'est d'abord appliqué à clarifier les idées de hiérarchie, de valeur, d'État, de peuple, de nation, en suivant un même fil conducteur : celui qui mène à la compréhension de l'idéologie moderne envisagée dans ses fondements, son fonctionnement, et ses perversions.
1. La découverte de l'Inde
Né à Salonique en 1911, formé à l'observation ethnologique au Musée des arts et traditions populaires, Louis Dumont a fréquenté à la fin des années 1930 le Collège de sociologie (1937-1939), où il a pu suivre les conférences de Georges Bataille, Roger Caillois et Michel Leiris. Orienté par Paul Rivet vers l'anthropologie, il ne manquera pas de marquer sa dette à l'endroit de Marcel Mauss, dont l'œuvre et l'enseignement lui ont fourni quelques-unes de ses idées directrices. Prisonnier de guerre en Allemagne, il dira aussi sa reconnaissance à Walter Schubring qui l'admit à l'Internationale du sanskrit, lui ouvrant ainsi la voie des études indiennes.
La Tarasque (1951), monographie centrée sur la bête de Tarascon et le culte de sainte Marthe, manifeste déjà ce qui sera la caractéristique majeure de toute une œuvre : un constant balancement entre l'enquête de terrain et la construction théorique, entre les valeurs des sociétés traditionnelles et celles du monde moderne saisies et situées dans une optique compar […]
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