Louis-Ambroise de Bonald est, dans l'Europe de la Révolution française, avec Joseph de Maistre, le principal représentant de la pensée contre-révolutionnaire. Moins brillantes que celles de Maistre, ses œuvres sont également moins bien connues ; Bonald doit sans aucun doute cette défaveur à une pensée dogmatique exprimée dans un style pesant peu fait pour séduire le lecteur. Des différents ouvrages dans lesquels il exprime ses idées politiques et religieuses et développe sa théorie théocratique des sociétés, il faut retenir essentiellement la Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile démontrée par le raisonnement et par l'histoire, parue en 1796 à Constance (où Bonald avait émigré) et qui devient la bible des ultras de la Restauration. Les autres écrits que Bonald publie par la suite (Du divorce, 1801, Législation primitive considérée [...] par la raison, 1802, Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, 1818) ne font que reprendre, sans que la pensée ou son expression en soient beaucoup modifiées, l'essentiel des idées formulées dans la Théorie du pouvoir. Cependant la méditation de Bonald sur l'antériorité du verbe confère un accent métaphysique à son œuvre qui, à la lumière de l'évolution philosophique contemporaine, connaît un renouveau d'intérêt.
1. Un démenti à l'esprit du siècle
L'œuvre philosophique et politique de Bonald se présente comme un vaste démenti aux théories et aux idées révolutionnaires issues des encyclopédistes et de J.-J. Rousseau. Pour Bonald, l'idée contenue dans le Contrat social est une idée fausse, contredite par les faits. Les individus, dit Bonald, ne peuvent agir sur les lois qui règlent la vie en société, moins encore en être les auteurs, car ils ne sont rien en eux-mêmes. Il est donc faux de croire que l'autorité sociale émane de la volonté populaire, car, si l'on admet que la société préexiste à l'individu, elle est un fait nécessaire qui s'impose à lui lorsqu'il naît. L'homme est le produit de la so […]
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