4. Signification de Lotto
Lotto appartient à ce courant anticlassique de la Renaissance qui naît vers 1515-1520, au moment où le classicisme connaît son apogée, mais aussi sa fin (à l'exception de Venise). À côté du maniérisme, mouvement de contestation pure, qui est un des aspects de cette tendance, il en est un autre qui prélude aux recherches du baroque. Dans l'Italie centrale et l'Italie du Nord, Corrège et Lotto illustrent remarquablement cette seconde tendance ; ils se côtoient, au point qu'on ne sait pas très bien lequel a pu précéder l'autre, ou si leurs affinités ne sont pas de simples rencontres. Cependant Corrège poursuit ses spéculations dans un canon formel romain, issu de Michel-Ange et de Raphaël. L'enquête de Lotto est beaucoup plus vaste et va jusqu'à assimiler les recherches de la peinture nordique. C'est un inlassable investigateur, pour qui chaque tableau est une expérience nouvelle, on pourrait presque dire une aventure. Artiste jamais satisfait, curieux d'innovation, vrai peintre d'avant-garde (cf. Germain Bazin, Histoire de la peinture d'avant-garde), il est bien, comme l'a vu dans une intuition géniale Berenson, « l'anti-Titien ».
Il est des peintres qui évoluent dans la continuité, Titien ou Braque ; d'autres dans le mouvement, Lotto ou Picasso. Le tempérament de Lotto oscille entre l'enthousiasme et la mélancolie, ce dernier sentiment n'animant que ses portraits ; mais son talent est nourri par un vitalisme sans défaillance qui fait de lui un prébaroque.
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