6. La porte du Paradis
Immédiatement après l'achèvement de la porte nord, dès le début de l'année 1425, l'Arte di Calimala commanda à Ghiberti la réalisation d'une seconde porte. Le programme iconographique initial, consacré à l'Ancien Testament, rédigé par l'humaniste Leonardo Bruni, prévoyait une répartition en vingt-huit panneaux, sur le modèle des deux portes précédentes, qui furent ramenés par la suite à dix panneaux de plus grandes dimensions, en bronze doré. L'iconographie est liée aux événements politiques et religieux de l'époque. Par exemple, la Rencontre de Salomon et de la reine de Saba rappelle le succès de la seigneurie florentine qui réussit à faire converger les vues des Églises d'Orient et d'Occident lors du concile de Florence en 1439.
L'atelier de Ghiberti, qui s'occupa de ce chantier durant près de vingt-cinq années, connut de nombreux changements : Michelozzo l'abandonna en 1429 pour aller chez Donatello, mais il travailla à nouveau aux portes en 1442. Deux années plus tard, Benozzo Gozzoli entra dans l'atelier de Ghiberti où il resta trois ans. En 1451, c'est l'orfèvre Bernardo di Bartolomeo Cennini qui les rejoignit. Bref, si l'ensemble de ce travail fut réalisé sous la seule responsabilité de Lorenzo Ghiberti, il faut considérer la durée de l'entreprise et la diversité des personnalités artistiques y ayant participé avant de porter tout jugement stylistique.
Il n'en reste pas moins que cette œuvre constitue la plus grande innovation du début de la Renaissance en matière de bas-relief. Dans ses Commentaires, Ghiberti déclare « avoir mis dans certaines histoires environ une centaine de figures, parfois plus, parfois moins. [...] Il y eut dix histoires, toutes insérées dans des architectures dessinées en perspective de telle façon que, lorsque l'on s'en éloigne, elles apparaissent en relief ». Il introduisit dans la sculpture les principales nouveautés de la théorie de la peinture et parvint à développer dans ce but les possibilités spécifiques de son médium. Le calcul des ombres portées fondé sur les règles de la perspective est à cet égard très révélateur.
Cette porte est traditionnellement dite « du Paradis », car elle est placée sur la façade est du baptistère, face à l'entrée du Duomo, dénomination définitivement adoptée après que Vasari eut attribué à Michel-Ange l'opinion que ces portes « sont si belles qu'elles iraient bien à la porte du Paradis ».
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