2. Un défi au XIXe siècle
Lorenzaccio n'est pas seulement une pièce historique. Au travers d'une Florence de la Renaissance revue et corrigée par un Musset fasciné par l'Italie à l'instar de toute sa génération, c'est la France de 1833 qui se raconte avec ses désillusions : de même que Côme remplace Alexandre, Louis-Philippe, roi « bourgeois », a remplacé Charles X. En jouant le jeu du romantisme avec ses moments de doute et d'exaltation, en exprimant son rejet du vieux monde, Musset fait cependant figure de franc-tireur. Le ton, pour être grave, est souvent ironique. Il maintient la distance, refusant de célébrer un héros dont la cause est perdue – Lorenzaccio meurt avec un sentiment d'échec, sans vraiment savoir ce qu'il a combattu ni pour qui, sinon « un peuple d'esclaves ».
Bien plus qu'ailleurs, Musset se met ici en scène sous les traits de Lorenzaccio, enfant d'un siècle à l'identité vacillante qui n'offre d'autre perspective que l'ennui, l'impuissance, le néant : « Ah ! les mots, les mots, les éternelles paroles ! S'il y a quelqu'un là-haut, il doit bien rire de nous tous ; cela est très comique, très comique, vraiment. — Ô bavardage humain ! ô grand tueur de corps morts ! grand défonceur de portes ouvertes ! ô hommes sans bras ! » (IV, 9).
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