3. « Ouvraige de Lombardie »
En raison de ces antécédents, on observe, pendant la seconde moitié du xive siècle, en Lombardie, sous le règne des Visconti, une extraordinaire floraison de peintures murales et de miniatures anonymes. C'est là la source d'une tradition artistique qui sera longtemps caractéristique de l'esprit lombard.
Dans les fresques de Mocchirolo (aujourd'hui à Brescia), de Vertemate, de Solaro, de Lentate, de Viboldone et plus encore dans une nombreuse et admirable série de miniatures, se définit un style très original. Il fut appelé en France « ouvrage de Lombardie ». La miniature lombarde était alors le modèle de tous les arts. Le naturalisme, qui, depuis les débuts de l'âge romain, avait caractérisé l'art de la vallée du Pô, prenait dans la miniature la forme d'une observation aiguë, mais bienveillante de la réalité quotidienne. On en retrouve l'expression dans les livres d'heures comme dans les romans de chevalerie, dans le Tacuinum sanitatis comme dans les « histoires » sacrées des fresques. Giovannino de'Grassi, spécialement connu pour son Recueil de dessins de la bibliothèque de Bergame, est un artiste aux talents multiples qui résume, à la fin du xive siècle, cette tradition figurative lombarde.
Entre-temps, on avait mis en chantier cette grande entreprise que fut la cathédrale de Milan (1386) et la chartreuse de Pavie (1396). Les ambitions politiques, dont on trouve aussi le témoignage dans les mariages princiers, et le mécénat raffiné de Gian Galeazzo Visconti firent de Milan l'émule de Paris et de Dijon. Le chantier de la fabrique de Milan devint un point de rencontre pour des artistes français, allemands, bourguignons et il permit des échanges artistiques au niveau européen. Ces échanges favorisèrent l'entrée en Lombardie du gothique que l'on dit international. L'art lombard trouva en Michelino da Besozzo un artiste capable de concilier sa sensibilité naturelle au vrai avec l'ornementation fleurie du gothique tardif et avec le goût subtil de la couleur des miniaturistes.
Il ne faut pas ou […]
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