1. À l'école de Pierre Bourdieu
Né en 1960 dans le sud de la France, Loïc Wacquant a mené ses études à Montpellier puis à Paris, où, à la suite de la découverte des travaux de Pierre Bourdieu, il se convertit à la sociologie, abandonnant la voie ouverte par ses études supérieures en économie industrielle à H.E.C. Après une année d'étude en 1982-1983 à Chapel Hill (université de Caroline du Nord), au cours de laquelle il dévore les œuvres majeures de la sociologie et de l'anthropologie américaines, il séjourne deux ans en Nouvelle-Calédonie, alors en plein soulèvement indépendantiste, dans le cadre d'un service civil effectué au sein de l'O.R.S.T.O.M. ; tout en découvrant les classiques de l'ethnologie, il écrira une monographie sur les inégalités ethniques et de classes dans le système scolaire de la Nouvelle-Calédonie. De 1985 à 1990, il poursuit ses études de doctorat en sociologie à l'université de Chicago où, en étroite collaboration avec William Julius Wilson, il observe et analyse les transformations sociales du ghetto noir américain.
C'est là que commencent à s'élaborer quatre séries d'observations, de thèses et d'arguments qui se peaufineront au fil des publications, d'articles en livres, de livres en articles : une analyse socio-historique de la transformation, aux États-Unis, du ghetto communautaire en « hyper-ghetto », fruit d'un double retrait, celui du marché et celui de l'État ; une comparaison méthodique du ghetto noir américain et des quartiers pauvres des banlieues françaises, qui le conduira à invalider, contre d'autres sociologues français, la thèse de la convergence transatlantique, d'une évolution de la banlieue sur le modèle du ghetto noir ; un décryptage de l'émergence d'une « marginalité avancée » dans les sociétés soumises aux torsions de la dérégulation capitaliste, dont l'État resterait en définitive le déterminant majeur ; enfin la construction du concept sociologique de ghetto comme instrument de fermeture raciale et de domination sociale.
Parallèlement à cette soci […]
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