C'est une idée étrange, peu naturelle si l'on ose dire, que celle des « lois de la nature », qui caractérise la science occidentale moderne, à la différence, par exemple, comme Joseph Needham l'a montré, de la tradition scientifique chinoise. La culture romaine, pourtant si légiférante, ne connaît pas non plus une telle idée : chez Lucrèce, il n'est question que de « pactes » ou de « traités » naturels (fœdera naturae). L'idée de loi de la nature est d'origine fondamentalement théologique, et traduit l'influence du contexte culturel judéo-chrétien dans lequel se développe la science occidentale. Le Dieu législateur, qui tend à Moïse les Tables de la Loi morale, ce Dieu que le christianisme hérite du judaïsme, est aussi le créateur du monde, et donc l'auteur des lois qui le régissent. Des lois de Dieu aux lois de la nature, le glissement se fera de lui-même aux débuts de la science moderne, les deux se confondant d'ailleurs dans la conception de Spinoza (Deus, sive Natura).Si le terme loi n'est guère employé par Galilée, il se trouve chez Kepler, et prend toute sa force chez Descartes qui explique, dans une lettre à Mersenne (1630), que Dieu impose lib […]
