7. Conclusion : pourquoi le mot « loi » n'est pas ambigu
Le mot « loi » n'est-il pas ambigu ? N'est-ce pas par un abus de langage qu'il désigne conjointement des uniformités non morales et des obligations morales et juridiques exprimables par des énoncés du type « C'est mal de voler » ? La thèse de l'ambiguïté dépend de la dichotomie entre les faits scientifiques et les valeurs morales ou entre les propositions factuelles objectives et les jugements de valeur subjectifs.
Cette thèse peut reposer sur la conception émotiviste de la signification des expressions « déontiques » ou évaluatives à laquelle souscrivaient les positivistes logiques et selon laquelle des mots abstraits comme « bien » ou « mal » ne possèdent qu'une signification émotive (et non cognitive). À cette conception « moniste » on peut opposer une conception « dualiste » selon laquelle un mot évaluatif plus concret comme « méticuleux » peut servir conjointement à juger le caractère d'une personne et à permettre de décrire et prédire son comportement.
Elle peut aussi reposer sur l'assimilation entre le fait qu'un énoncé soit dépourvu de « condition de vérité » et le fait qu'il exprime une attitude « subjective » : si aucun état de choses dans la réalité ne semble susceptible de « rendre vraie » la condamnation morale « Il est mal de tuer », les obligations exprimées par des énoncés à l'impératif ou contenant des mots évaluatifs ne sont-elles pas dénuées d'objectivité ? Mais c'est un abus d'assimiler l'objectivité d'une proposition avec l'interprétation réaliste de l'énoncé qui sert à l'exprimer. Certains philosophes (dont M. Schlick et S. Toulmin) ont épousé une interprétation instrumentaliste (non réaliste) des lois scientifiques : ils tiennent les lois scientifiques pour des règles d'inférence. La possibilité même de cette interprétation (qui pour être contestable n'en est pas pour autant absurde) démontre que le fait de servir à représenter un état de choses dans la réalité n'est pas la seule garantie de l'objectivité d'une proposition. Une obligation morale ou une proposition mathématique peuvent tenir leur objectivité non de ce qu'elles décrivent correctement un état de choses indépendant de l'esprit humain, mais du fait qu'elles ont des conditions rationnelles d'assertion. Le mot « loi » n'est donc pas ambigu.
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