2. Les lois universelles et le problème de l'induction
Plus une loi est générale, abstraite, éloignée des détails de l'observabilité, plus variés sont les phénomènes auxquels elle s'applique, plus est grand son pouvoir explicatif. Ainsi, la loi de la gravitation universelle a révélé aux hommes la parenté inattendue entre la chute des corps à la surface de la Terre, la trajectoire parabolique des projectiles à la surface de la Terre, la trajectoire elliptique des planètes autour du Soleil, la loi des aires de Kepler, le mouvement des marées, etc.
Comme l'ont souligné Duhem et Popper, lorsqu'elle fut incorporée dans le système de la mécanique newtonienne, la troisième loi de Kepler subit une modification : « a3/T2 = constante » devint « a3/T2 = mi + mj » (où « mi » et « mj » désignent les masses respectivement du Soleil et d'une planète du système solaire). La première formulation est une bonne approximation de la seconde sous réserve de l'une ou l'autre de deux idéalisations possibles : (a) que toutes les planètes ont la même masse ou (b) que leur masse peut être ignorée (ou tenue pour nulle) ; (a) est fausse et (b) est incompatible avec la loi de la gravitation universelle car un corps de masse nulle ne peut entrer dans des interactions gravitationnelles. Comme la loi de la gravitation universelle fait partie des principes grâce auxquels la troisième loi de Kepler peut être expliquée (dans le système newtonien), la formulation originale doit être révisée. Les lois de la nature sont donc sous le contrôle « ascendant » des observations et « descendant » des lois plus générales.
La formation des hypothèses nomologiques universelles est un mystère logique. On ne peut évidemment pas les déduire des faits expérimentaux ou des phénomènes observables. Le problème de la formation des hypothèses nomologiques est ce qu'on nomme depuis le philosophe anglais du xviiie siècle, David Hume, le problème de l'induction ou de l'inférence non démonstrative. Nous n'examinons directement qu'un échantillon fini (ou petit) de cas observés ; nous « projetons » (ind […]
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