4. Logique des impératifs
Selon R. M. Hare (1952), l'éthique se réduit à l'étude logique du langage de la morale, et débute par la description des impératifs. Mais, bien que des travaux soient fréquemment consacrés, depuis cette date, à la formalisation des discours contenant des énoncés à la forme impérative, l'existence d'une logique des impératifs conçue comme discipline autonome n'est pas véritablement attestée. C'est que la place semble déjà occupée par la logique déontique, c'est-à-dire l'étude formelle des énoncés normatifs (« il est obligatoire, permis, interdit de... »), qui s'est développée depuis 1950. Une analyse plus poussée montre cependant que les énoncés au mode impératif ont un régime distinct des énoncés normatifs :
a) Il n'existe aucun impératif « permissif » correspondant à l'expression déontique « il est permis que ».
b) « Fais A » n'a qu'une seule négation : « ne fais pas A ». Par contre, « tu dois faire A » (ou « il est obligatoire que A ») a une négation « interne » (« tu ne dois pas faire A », qui est une interdiction) et une négation « externe » (« ce n'est pas le cas que tu doives faire A », qui efface seulement l'obligation).
c) Alors que « tu dois faire A » peut se mettre au passé, un impératif comme « fais A » n'est utilisé que pour ordonner à quelqu'un une action à accomplir après que l'énoncé a été prononcé.
d) Beaucoup d'énoncés normatifs ne peuvent être transcrits par des ordres : par exemple les normes éthiques (sauf à adopter une conception purement théonomique de la morale).
e) Il existe entre les deux classes d'énoncés une différence profonde, visible surtout à la première personne : « je dois faire A » n'équivaut nullement au « fais A » que le sujet s'adresse à lui-même : on peut asserter l'énoncé normatif tout en refusant pour soi-même le commandement correspondant.
Les impératifs sont donc irréductibles aux énoncés déontiques. Ces derniers sont logiquement représentés par l'application d'un opérateur déontique à la proposition qui exprime le contenu de la norme. De […]
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