9. Le problème des universaux
Il s'avère donc que l'influence décisive qui s'exerça sur le développement du Nyāya fut celle de Dignāga, non seulement dans le domaine de la logique proprement dite à propos du concept d'implication, mais aussi dans le domaine de l'épistémologie. Car, après lui, le Nyāya fut obligé de défendre son réalisme contre le nominalisme radical de Dignāga et de son école. Dans le développement de la Mīmāṁsā, un contemporain de Dignāga un peu plus âgé, le grammairien Bhartṛhari (vers 450-510), revêt une importance similaire. Il fut en outre le fondateur d'une branche particulière du darśana orthodoxe AdvaitaVedānta, appelée Śabdādvaita (non-dualité quant au verbe, ce qui signifie que le langage seul est réel, est le śabdabrahman). De la doctrine de la Mīmāṁsā que les termes primitifs renvoient à des universaux, il tire une conclusion radicale qui pousse une des branches des mīmāṁsakas (les prābhākaras) à se rapprocher du bouddhisme, et l'autre (les bhāṭṭas, disciples de Kumārila) à se rapprocher du Nyāya : tout terme articule des universaux à la fois verticalement et horizontalement, quel que soit son niveau de composition. Énoncer une proposition n'est pas représenter un individu en tant qu'il comporte tel et tel attribut, mais est un moyen, et même le seul moyen, de rendre accessible quelque chose d'universel. La réalité est de nature linguistique et peut être connue grâce à un moyen de connaissance spécial, défini par Bhartṛhari le premier, et nommé par lui « pratibhā » (intuition) : c'est l'intuition qui reconnaît, de manière immédiate et soudaine, le caractère schématique ou générique des termes à divers niveaux, par exemple au niveau phonétique et au niveau sémantique (pour désigner ce caractère, la tradition des grammairiens offrait le terme de « sphoṭa », éclatement), et seule cette reconnaissance mérite d'être appelée connaissance de ce qui est. La parole concrète ou la perception, considérées comme des actualisations d'action, sont des entités si […]
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