6. Le syllogisme en cinq parties
Mais, dans un cas comme dans l'autre, il est essentiel qu'on puisse par inférence passer de ce qui est perçu à ce qui n'est ou ne peut pas être perçu. Ce passage est assuré par une théorie de l'inférence qui a reçu dans le Nyāya sa forme classique, celle d'un syllogisme en cinq parties (pañcāvayava vākya, littéralement : phrase à cinq parties), qui sert aussi de point de référence aux autres darśana lorsqu'ils pratiquent le raisonnement logique ou l'étudient. À la suite des critiques formulées par les logiciens bouddhistes Dignāga et Dharmakīrti, la forme en cinq parties a vu son application réduite aux cas appelés >inférences faites pour autrui< (parārthānumāna) ; dans le cas des >inférences pour soi-même< (svārthānumāna), seuls les trois premiers ou les trois derniers membres sont nécessaires et, en outre, doivent être traités seulement comme des complexes pensés composés de termes et qui n'ont pas besoin d'être articulés en énoncés comme c'était le cas de la forme en cinq parties. Le paradigme est le suivant :

La montagne est l'objet de connaissance perçue (pakṣa, littéralement « aile » ; à l'origine, lieu où une thèse est avancée au cours d'une controverse ; puis pakṣa et pratipakṣa ont pris le sens de « thèse et antithèse » ; ici il s'agit simplement de l'endroit où se produit l'inférence) ; la fumée est le signe perçu (liṅga) utilisé comme raison (c'est pourquoi le mot est à l'ablatif), et le feu est la conséquence non perçue (sādhya : à l'origine l'ensemble de la proposition à prouver ; s'était employé comme pakṣa à désigner la thèse). Bien entendu, la validité du raisonnement dépend de la relation d'implication qui unit raison et conséquence, relation qui à l'origine n'avait été perçue que sur le mode paradigmatique, à travers exemple et contre-exemple. Après que les œuvres critiques de Dignāga et de Dharmakīrti eurent rendu plus clair le caractère général de l'implication, qui dans l'exemple « partout où [il y a] fumée, là [il y a] du feu » a été traditionnement exprimé, depuis Kumārila le maître de la Mīmāṁsā (environ 620-680), par les mots « vyāpti de la fum […]
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