L'histoire du logement ouvrier appartient largement au xxe siècle, qui a vu la naissance, l'apogée et la reconversion des cités ou villes ouvrières les plus imposantes. Cette histoire fait aujourd'hui son retour dans l'actualité. Du fait de la perte à peu près complète de sa fonction primitive et de son lien direct avec l'entreprise, sa production et son patron, ce qui subsiste aujourd'hui de ce logement pose des problèmes inédits.
1. Requalification sociale d'un espace
Les habitants de ce type de logement sont pour partie d'anciens ouvriers ou leurs enfants, attachés à conserver leur maison, et qui l'ont rachetée, mais il y a aussi de jeunes couples de la classe moyenne qui investissent ces mêmes maisons sans y avoir jamais vécu. Les raisons des uns et des autres diffèrent ; Celles des premiers sont de deux ordres, et liées à l'histoire. Il peut s'agir de rachats encouragés par l'entrepreneur. Tel fut le cas des Schneider, au Creusot, dont la politique d'encouragement à l'acquisition de logements individuels, aidée par des prêts à un taux très raisonnable, a permis aux occupants de devenir propriétaire de leur logement. Dans une conjoncture très différente : celle du désengagement des grandes compagnies de la sidérurgie lorraine après 1950, ces dernières ont trouvé une clientèle d'acheteurs parmi leurs ouvriers, à la fois soucieux de conserver leur logement et motivés par leur attachement à un cadre de vie – ou saisis par le goût de l'indépendance retrouvée.
Mais sans doute les motivations des acheteurs non ouvriers posent-elles les interrogations les plus neuves. N'importe quel type de logement n'attire pas ces nouveaux acheteurs. Il s'agit surtout de maisons individuelles avec jardin, insérées dans un cadre champêtre, donc en général des modèles xxe siècle de l'habitat d'initiative patronale – exception faite de réussites plus anciennes : Villeneuvette ou Noisiel en France, ou les cités de l'industrie textile dans l'Italie du Nord (village Leumann, Crespi d'Adda, Nuova Schio). Cette c […]
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