3. L'œuvre d'un précurseur
L'œuvre de Rabbi Loeb, éditée de son vivant entre 1580 et 1600, a été certes connue et estimée dès sa parution, mais exclusivement dans les cercles mystiques du hassidisme d'Europe orientale. Les historiens de la pensée juive et l'intelligentsia juive éclairée d'Europe occidentale ont été, durant trois siècles, paradoxalement fascinés par le mythe de Rabbi Loeb. Ils l'ont transposé sur son œuvre, dans laquelle ils n'ont voulu voir qu'un tissu confus de légendes ou d'apologétique populaire.
C'est à partir de 1925 seulement qu'une approche nouvelle de l'œuvre de Rabbi Loeb (désormais communément désigné par le nom de Maharal de Prague) s'est dessinée, accentuée à partir de 1955 par la découverte, à Oxford, de manuscrits inédits et par leur publication actuellement en cours.
Ainsi cette œuvre apparaît-elle maintenant comme l'une des plus importantes de la pensée juive au xvie siècle. Elle l'est d'abord par la hardiesse de sa structure, mûrement réfléchie ; l'auteur s'en explique dans plusieurs préfaces programmatiques qui indiquent suffisamment que l'on est en face d'un système philosophique, à la charpente solidement construite et aisément décelable. L'ensemble est resté inachevé, mais certaines œuvres maîtresses émergent (La Puissance divine, La Gloire d'Israël, L'Éternité d'Israël, Le Chemin de la vie, Les Routes éternelles, Le Puits de l'exil, La Haggadah glosée), qui permettent de reconstituer un paysage théologique aux ramifications vastes et rigoureusement coordonnées.
La matière sur laquelle le Maharal travaille inlassablement est la Haggadah talmudique ou le Midrash, c'est-à-dire l'immense littérature qui, n'étant ni juridique, ni casuistique, ni rituelle, constitue plus de la moitié du corpus du Talmud. Alors que les écoles médiévales juives avaient tendance à la négliger ou même à la dédaigner, le Maharal la réhabilite en une apologie splendide et va jusqu'à y déceler la philosophie juive par excellence. Au fil d'une exégèse qui creuse le […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



