2. Sagesse et gaillardise
Lors des amours de sire Melon Jardin (qui n'est autre que l'archiprêtre) et de dame Prunelle, l'intervention de l'une de ces vieilles expertes, Trottecouvents, l'entremetteuse, qui annonce la Célestine de Fernando de Rojas (La Célestine, 1502), sera décisive pour mener l'affaire jusqu'au mariage. D'autres épisodes célèbres évoquent les montagnardes ou les vachères, figures du folklore, viragos aussi cupides que lascives. Le poème se poursuit, passant du récit égrillard aux cantiques à la gloire du Christ ou des saints du Paradis.
Cependant le temps liturgique s'avance. Dame Carême lance son défi au Carnaval : « À toi, goulu Carnage, qui n'est jamais repu/ je te mande le Jeûne te défier en mon nom. » Et voici le combat épique des troupes carnées de l'un contre l'armée de légumes ou de poissons de l'autre. Carnage, vaincu, est contraint de faire pénitence, ce qui permet à l'archiprêtre de chanter les vertus de la confession. Pâques marque le retour triomphal de Carnage et de l'amour. De nouvelles aventures galantes reprennent. La mort de Trottecouvents est le motif d'une admirable lamentation sur la mort : « Ennemie du monde à nulle autre semblable,/ de ta mémoire amère tout homme s'épouvante. » Le livre s'achève par des louanges à la Vierge Marie et des chansons d'aveugles demandant l'aumône.
L'interprétation de ce monument de la littérature castillane au Moyen Âge a donné lieu à d'innombrables débats, que l'auteur malicieux semblait avoir prévus, en mettant ainsi en garde son lecteur : « Comprends d'abord le livre, n'en dis bien ni mal, car si tu comprends noir, le livre dira blanc. »
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