L'emploi du mot « littérature » pour désigner les ouvrages qui portent la marque de préoccupations esthétiques est assez récent. Il est apparu au xviie siècle, s'est répandu au xviiie avant de devenir dominant au xixe. Auparavant, ce mot désignait le savoir en général : à la Renaissance, un « homme d'une grande littérature » était un érudit. Le terme a d'ailleurs longtemps gardé une acception large. Ainsi l'essai De la littérature de Mme de Staël (1802) envisageait les ouvrages faits pour le plaisir et toutes « les productions de l'esprit » qui passent par des textes, notamment la philosophie. Aujourd'hui encore on parle de « littérature juridique » ou de « littérature grise », signe que le mot peut évoquer tout ce qui relève des pratiques de l'écrit, en accord avec la signification de l'étymon litterae, litteratura. De plus, sur la longue durée, on a parlé de « lettres », de « bonnes lettres » et « belles-lettres » avant que le terme « littérature » ne s'impose... De sorte que s'attacher étroitement au seul terme moderne et à son sens restreint serait tomber dans un nominalisme qui réduirait dangereusement l'objet, alors même qu'il ne saurait y avoir de réflexion conséquente qui ne prenne en compte tout l'art verbal, l'ensemble des pratiques et des corpus correspondants. Si les noms ont varié au fil du temps, c'est que les pratiques elles-mêmes ont varié. L'observation doit donc porter d'abord sur ces variations historiques, et sur les jalons majeurs qui ont marqué l'évolution de la littérature.
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