3. Le XVIIe siècle et la poésie religieuse
Au xviie siècle, le marathe est de nouveau la langue d'une entité politique avec la création, par Shivaji, du premier royaume marathe. Dès lors, la littérature s'enrichit de ballades et de chroniques historiques et, pour la première fois depuis le Līḷācaritra, on trouve de nombreux spécimens de prose dans les décrets et dans la correspondance des souverains et de leurs ministres.
Mukteśvar, neveu d'Eknāth, né à Paithan vers 1609, véritable poète possédant l'art de l'image sensuelle et du maniement des mots dans la vieille tradition sanskrite, fut le premier à employer régulièrement le mètre sanskrit (śloka) en marathe. Il est célèbre, en particulier, pour sa version du Mahābhārata dont il n'acheva que les quatre premières parties ; et c'est l'une de celles-ci, l'Adiparva, qui a fait surtout sa renommée.
La littérature typiquement marathe, comme celle de toutes les autres langues indiennes, reste la poésie religieuse, et le grand poète de cette époque est Tukārām (1608-1694), l'humble boutiquier, dont les abhanga adressés à Viṭṭhala de Pandharpur sont aujourd'hui encore les « hymnes » préférés des pèlerins qui se rendent à ce sanctuaire. Le piété angoissée, passionnée des versets de Tukārām est l'expression d'une émotion très différente de celle d'Eknāth ou de celle des abhanga attribués à Nāmdev. Les lecteurs français ont la chance de pouvoir goûter la qualité de ces hymnes grâce aux traductions de G. A. Deleury. Bahiṇābāï (1628-1700), probablement un des derniers grands poètes bhakti, était elle-même disciple de Tukārām. Ses vers font de nombreuses allusions à sa propre vie et expriment une colère toute féministe d'être née femme et, par conséquent, dépendante des autres et incapable de suivre la vie qu'elle aurait aimée – c'est-à-dire se consacrer à chanter les louanges du dieu de Pandharpur.
Il y a enfin Rāmdās (1608-1681), un « saint » poète, sans doute, mais très différent des dévots de Viṭhobā. Son dieu était Rām, comme l'in […]
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