2. La révolution de l'imprimé et ses effets
Advint ensuite le bouleversement majeur d'ordre technique que constitue l'apparition de l'imprimé à la fin du xve siècle. Cette Révolution du livre (Roger Chartier) a transformé toute l'économie culturelle. Elle a bouleversé le temps de fabrication et la disponibilité des textes : là où il fallait des mois pour réaliser une copie manuscrite, il ne faut plus que quelques jours pour produire des milliers d'exemplaires imprimés. Elle a bouleversé aussi le mode de réception : là où régnaient l'audition et le spectacle, la lecture a pris une place croissante et elle s'est faite de plus en plus souvent silencieuse et solitaire. Dès lors, le texte est de moins en moins perçu comme intégré à des pratiques collectives. Comme le lecteur s'est trouvé davantage livré à son imaginaire, en retour, celui des auteurs s'en est trouvé modifié aussi. Ce nouveau mode de transmission a été propice à des genres qui se prêtent bien à la lecture solitaire, comme les essais et les romans : l'illusion du dialogue à distance fonde la rhétorique des Essais de Montaigne. Mais cette lecture solitaire, coupée de la régulation que constituent les pratiques de groupe, pouvait aussi faire craindre que l'imagination ne l'emporte sur la raison, ce que met en scène le Don Quichotte de Cervantès.
L'oral ne perdait par pour autant son rôle clé. Il restait bien sûr essentiel sur les scènes de théâtres : les textes de Shakespeare, de Molière et même ceux de Racine sont pétris des ressources et contraintes propre à leur oralisation. Mais surtout il régnait dans les lieux de l'éloquence, la chaire et le barreau, où se manifestait la parole des pouvoirs d'Église et d'État qui régissaient les pratiques culturelles. L'idée que l'écrit n'en est que le relais persistait. De sorte que s'est instaurée une configuration qui domine tout l'Ancien Régime. Elle impose une hiérarchie, bien visible dans les bibliothèques et bibliographies. Au sommet viennent les Lettres saintes, la Bible, les Pères, l […]
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