Dans l'histoire des lettres soviétiques, la littérature de guerre proprement dite succède à la littérature de la guerre civile presque sans solution de continuité : Cholokhov publie le dernier livre du Don paisible en 1940 et La Science de la haine en 1942.
Le foisonnement de la littérature de guerre entre 1941 et 1945 relève du sentiment patriotique plus que de la création littéraire : il y a véritablement mobilisation spontanée des écrivains au service du pays. Ehrenbourg se consacre entièrement à la tâche de correspondant de guerre de la Krasnaïa Zvezda. Alexeï Tolstoï écrit Les Récits d'Ivan Soudarev (1941), et Cholokhov les premiers chapitres d'Ils ont combattu pour la patrie (1943-1944). La production de Constantin Simonov est particulièrement féconde : pièces de théâtre, reportages (dont un qui atteint les dimensions d'un livre : Les Jours et les nuits de Stalingrad, 1944) et surtout poésies, entre autres Attends-moi, que tous sauront par cœur. Ce qui est aussi le cas des chansons d'Alexis Sourkov (notamment La flamme palpite dans le poêle). À la radio de Leningrad affamée, la poétesse Olga Bergholtz appelle chaque jour la population à tenir bon. Pasternak, Anna Akhmatova, Marguerite Aliguer, Perets Markisch composent des poèmes de guerre. Écrivains combattants, Alexandre Bek (La Chaussée de Volokolamsk) et Vassili Grossman (Le peuple est immortel, 1942) continuent de publier. De cette littérature, qui se veut seulement de circonstance, une œuvre au moins est à retenir : le grand poème d'Alexandre Tvardovski Vassili Terkine, qui dut son immense popularité à la création d'une figure vraie de soldat russe.
La victoire ne met pas un terme à la floraison de la littérature de guerre. C'est au contraire le thème le plus abondamment traité dans la médiocre littérature de la fin de l'ère stalinienne, mais l'élan du cœur a fait place à une exaltation stéréotypée de l'héroïsme. Les conditions du moment ont valu à quelques-uns de ces livres une audience mondiale (ainsi l'Histoire d'un homme véritable […]
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