2. La conquête musulmane
Vers 1200, les Turcs anéantissent la vie culturelle, persécutent les prêtres, détruisent monastères et bibliothèques. Le sanskrit devient alors définitivement une langue morte, réservée aux savants. On ne trouve plus aucune trace d'œuvre littéraire. Cependant, transmise par voie orale, une tradition poétique survit, à travers les fables propres aux rites de la vie domestique et des cultes mineurs, les légendes que vont récitant prêtres, conteurs et chanteurs itinérants.
Après trois siècles, avec le retour à la paix et l'intégration progressive de l'envahisseur musulman conquis à son tour par la civilisation du Bengale, on assiste à une renaissance littéraire.
• Les classiques pour tous
On revient à la tradition brahmanique et à l'érudition sanskrite. Des écoles tentent de définir une philosophie et une logique à partir des textes classiques. Le groupe brahmanique le plus rigide s'oppose même à tout usage littéraire du bengali, langue profane ; d'autres, au contraire, sans altérer le caractère religieux et traditionnel de ces textes, y découvrent un nouvel humanisme.
Cette tendance à la vulgarisation des œuvres classiques est à l'origine d'une série de traductions, qui constituent désormais un genre littéraire ; avec celles de Rāmāyana par Krittibās (milieu du xve s.), de Bhāgavata Purāna (Shrī Krishna Vijay) par Mālādhar Basu (1481), de Mahābhārata par Kāshīrām Dās (xviie s.), on assiste à la transformation complète des épopées classiques en une littérature populaire qui reflète la structure sociale et les mœurs contemporaines. Ces versions libres retiennent de l'original l'aspect amoureux plutôt que l'aspect héroïque, le côté rustique plutôt que le côté aristocratique. Des interpolations d'autres épopées contemporaines s'y glissent, venant même parfois d'autres régions de l'Inde. L'éthique qu'elles expriment est liée à la propagande religieuse de Krishna. Le système prosodique issu de la tradition orale et employé par Krittibās sera constamment repris jusqu'au xixe siècle. Ces traductions restent aujourd'hui des œuvres populaires classiques.
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