6. La littérature historique
De tous les genres historiques qu'ont cultivés les Anciens, celui qui se rapproche le plus de la conception moderne de l'histoire est le genre des chroniques. Impersonnelles et rédigées avec plus ou moins de recul, elles n'apparaissent que tardivement sous leur forme définitive. La tradition dont elles sont issues se contenta d'abord d'enregistrer de brefs récits anecdotiques, sans suite et sans unité. Elle prit, pour un temps, la forme d'une histoire synchronique, relatant, en résumés clairs, précis et datés, les principaux événements survenus parallèlement en Babylonie, en Assyrie et en Élam. Le genre s'épanouit enfin dans les grandes chroniques de la dynastie néo-babylonienne, où l'on trouve une relation détaillée des faits qui aboutirent à la ruine de l'Assyrie et à la conquête de Babylone par les Perses.
La tradition des chroniques est essentiellement babylonienne. Dans la littérature assyrienne, qui trouva là sans doute son terrain d'élection, la veine historique est d'ordinaire de tout autre nature.
Laissons à part le genre des stèles imaginaires, illustré notamment par les légendes de Sargon et de Narâm-Sin : en immortalisant les triomphes et les tribulations de grandes figures du passé, ces stèles prétendaient tirer les leçons de l'histoire. Laissons aussi de côté le cas particulier du grand poème historique qui exalte, sur un mode épique, la victoire du roi Toukoulti-Ninourta sur son rival babylonien. C'est dans les annales, ou dans des récits plus ou moins analogues, que les scribes assyriens commémoraient les œuvres pies et les hauts faits de leur souverain.
Les plus anciennes de ces inscriptions se réfèrent à l'activité constructrice du roi. Les allusions aux événements militaires n'interviendront qu'ultérieurement dans ces textes et de façon incidente. Mais, par la suite, elles ne cesseront d'y prendre de l'ampleur et finiront par constituer l'essentiel du récit. On aboutit de la sorte aux grands textes historiques du temps des Sargonides (721-61 […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



