5. Œuvres morales et sapientiales
Bien que le genre des proverbes et dictons populaires ait été fort prisé des Sumériens, il y a peu de chose à en dire ici. Leurs recueils, traduits en akkadien et enrichis de quelques nouvelles maximes, ne vont guère au-delà de l'observation parfois ironique de la vie journalière et des vérités du simple bon sens.
Au contraire, c'est le problème du mal et celui de la justice divine qu'aborde un poème célèbre, que les Anciens appelaient de ses premiers mots, Je veux louer le seigneur de sagesse, et qu'en raison des similitudes qu'il paraît présenter avec le Job biblique, d'aucuns ont parfois nommé le Poème du Juste souffrant.
Composé de quatre tablettes, c'est un long monologue, dans lequel, non sans emphase ni rhétorique, un juste accablé de malheurs fait le récit de ses infortunes. Richesses, position sociale, estime de ses concitoyens, il a tout perdu, et son corps est tourmenté de mille maux dont médecins, prêtres ni devins ne peuvent lui révéler la cause ni la durée. Surviendra finalement le pardon du dieu, mais sa miséricorde demeure aussi inexplicable que l'avait été son courroux ; et, finalement, on se demande si les valeurs morales ont le même sens pour dieu et pour l'homme, et si les desseins divins ne resteront pas toujours un mystère impénétrable et déroutant.
Cette même idée de la transcendance divine se retrouve, exprimée avec plus de rigueur et de poésie, dans un autre poème que l'on a coutume de désigner sous le nom de Théodicée babylonienne. Il se présente sous la forme à la fois d'un dialogue et d'un poème acrostiche. Deux savants amis, en strophes alternées, y débattent de la responsabilité divine dans le bonheur et le malheur des hommes. La grille acrostiche nous livre le nom d'un sage qui vécut à Babylone, vers la fin du deuxième millénaire, et qui est sans doute l'auteur de ce poème, que les scribes postérieurs se plurent à recopier jusqu'à la période parthe. Le premier interlocuteur, pessimiste et désabusé, se révolte […]
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