3. Écrit et littérature
On ne se ferait pas une idée exacte de la littérature babylonienne si l'on n'avait présent à l'esprit ce que représentent l'écriture et l'écrit dans cette civilisation millénaire.
Innombrables sont les textes de la pratique, contrats, documents économiques ou administratifs, lettres officielles ou privées. Abondantes aussi sont les œuvres savantes dans tous les chapitres de la connaissance. L'écriture y fixe une inlassable investigation du réel, explorant des voies fécondes ou se fourvoyant dans des impasses. La science de l'homme débouche sur la médecine : des milliers de tablettes recomposent pour nous des traités de thérapeutique ou de pronostics, des formulaires ou des recueils d'ordonnances. La science du langage s'y évertue en listes, en vocabulaires, en commentaires ou en paradigmes. L'étude du ciel s'ouvre non seulement sur des observations et des tables astronomiques, mais aussi sur une immense production astrologique. Celle-ci n'est elle-même qu'un des chapitres de la science proliférante de la divination, dont témoignent des bibliothèques entières d'ouvrages spécialisés. La plus importante est peut-être celle des haruspices, qui, des siècles durant, ont inlassablement consigné les observations faites sur les foies et les entrailles des moutons sacrifiés à cette fin.
La littérature religieuse ne le cédait guère en abondance à la littérature magique ou divinatoire. Chaque collège de prêtres avait ses tablettes rituelles, ses prières, ses lamentations ou ses chants. C'est d'ailleurs dans les temples que se sont le plus souvent constituées et le plus longtemps maintenues les principales bibliothèques du pays.
Cette extraordinaire fortune de l'écrit s'explique moins par les nécessités économiques et sociales que par la valeur qu'avait le verbe dans la pensée mésopotamienne. Nommer, pour elle, c'est réellement créer, et fixer une notion par l'écriture, c'est lui donner forme définitive et irrévocable. De là, l'importance du mot exact, de la for […]
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