2. Des débuts d'Olisipo à la Lisbonne moderne
• La ville
Jusqu'aux grandes découvertes, le littoral atlantique de la péninsule Ibérique constitua les confins du monde antique. Le toponyme de Lisbonne, rattaché mythiquement à Ulysse, atteste l'ancienneté du havre, simple plage située au pied de la colline du château São Jorge, le long d'une corne, aujourd'hui comblée, à l'emplacement de l'actuelle Baixa. À l'époque romaine, Felicitas Julia Olisipo perdit en importance maritime ce qu'elle gagnait comme terminus des voies de la péninsule. Après la période de domination suève et wisigothique (409-714), Aschbouna fut occupée par les musulmans, qui en firent un opulent centre commercial, où abondaient l'or et l'argent et tous les produits de luxe.
Sa position stratégique, plus que sa richesse, fit de sa reconquête un but primordial et, en 1147, Alphonse Henriques, premier roi du Portugal, réussit, avec l'aide d'une flotte de 13 000 croisés, à se rendre définitivement maître de la ville, dont Alphonse III allait faire sa capitale en 1255.
Derrière ses murailles wisigothiques, Lisbonne couvrait 15,68 ha et comptait 15 000 habitants (musulmans de la Mouraria, juifs de la Judiaria, chrétiens et mozarabes). Elle crût considérablement à la fin de la Ire dynastie, au point que le roi Fernando édifia, en 1373-1375, la cerca nova pour protéger sa capitale. S'étendant sur 101,5 ha, Lisbonne s'ouvrit désormais largement sur la mer. Capitale politique, elle joua aussi un grand rôle au point de vue religieux et culturel, puisque le roi Denis y fonda, en 1290, l'Estudo Geral, embryon de la future Université, transférée plus tard à Coimbra.
Cependant, la ville connut son véritable essor sous la dynastie des Avis (1385-1580) : la politique d'expansion outre-mer, inaugurée en 1415 par la prise de Ceuta, fit de Lisbonne une des capitales les plus riches et les plus peuplées du monde occidental. Au xvie siècle, sa superficie, s'étendant au-delà des murailles fernandines, dépassait 300 ha. La population, malgré les épidémies et la peste, les fréquents tremblements de terre, les guerres civiles, les pogroms et les sièges, s'élevait à 100 000 habitants en 1531 et à 126 000 en 1626. Elle couvrait 670 ha et atteignait 237 000 habitants quand, en 1808, la cour partit se réfugier au Brésil pour échapper aux troupes du général Junot.
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