3. La lutte contre les essais nucléaires
En pleine guerre froide, la lutte de Pauling contre les essais nucléaires dans l'atmosphère eut deux aspects : l'action du citoyen militant pour leur cessation, dans un esprit de pacifisme et de désarmement généralisé, et l'analyse scientifique des arguments avancés par les tenants des essais d'armes nucléaires. Ces derniers minimisaient les effets nocifs des retombées radioactives. Ils s'efforçaient de convaincre la communauté scientifique que la radioactivité induite était sans risque, qu'elle restait en deçà d'un seuil de nocivité. Pauling publia trois études sur le sujet, en 1958-1959. La première montra que le carbone 14, ignoré jusque-là des spécialistes, était de 14 à 200 fois plus dangereux encore que le strontium 90. La deuxième et la troisième montrèrent, justement à propos du strontium 90, que le risque de cancers augmentait de manière linéaire avec l'exposition, et qu'il n'y avait pas de seuil pour que des mutations commencent à intervenir. Pauling se basa sur une fine étude statistique des résultats de la littérature. Sa campagne contre les essais nucléaires fut efficace, puisqu'elle contribua à ce qu'ils deviennent souterrains. Elle valut à Pauling son second prix Nobel, pour la paix, en 1962.
La force de Pauling fut celle d'un généraliste inspiré. Superbe orateur et brillant conférencier, il incarna une image chaleureuse de la chimie du xxe siècle. Visionnaire, il sut s'entourer de personnages aptes à l'empêcher de se tromper grossièrement ou de s'égarer. Néanmoins, il commit des erreurs ; par exemple quant à la structure du diborane, ou à l'inexistence de composés des gaz rares. Il était dogmatique à l'occasion, et avait des jugements tranchés. Époux admiratif de sa femme Ava Helen (1903-1981) – qui milita aussi pour la paix, en particulier au sein de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté –, il négligea leurs enfants, qui en souffrirent. Il mourut le 19 août 1994 à Big Sur (Californie).
Fondé en 1973 par Pauling à Menlo Park (Californie), l'Institut de médecine orthomoléculaire a été renommé Institut Linus Pauling de science et médecine, puis transféré en 1996 sous le nom d'Institut Linus Pauling à l'université de l'État d'Oregon, où fut instituée une chaire Ava Helen Pauling.
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