Le mot « muse » recouvre une situation de nos jours difficilement soutenable. C'est pourtant celui qui vient à l'esprit lorsque l'on évoque Lili Brik. Encore s'agirait-il d'une muse de type nouveau, qui ne s'évanouit pas sitôt le poème écrit. Lili Brik fut l'inspiratrice de Maïakovski, et aussi le meilleur défenseur de sa mémoire. Jusqu'à son suicide (le 4 août 1978), cette femme aux os menus sut livrer des combats homériques contre les retoucheurs officiels du portrait du poète.
C'est en 1915 qu'Elsa Kagan – qui n'est pas encore Triolet – présente sa sœur Lili à Maïakovski. Un contemporain trace de Lili ce portrait : « Elle a la tête grande [...], elle est belle, légère, veut être danseuse. Elle aime les objets, les boucles d'oreilles en forme de mouches dorées, cette ravissante bimbeloterie familière à l'humanité depuis si longtemps. Elle sait être féminine, capricieuse, fière, futile, inconstante, amoureuse, intelligente, tout ce qu'il est possible d'être. C'est ainsi que Shakespeare peignait les femmes. »
Née à Moscou, fille d'un juriste et d'une musicienne, Lili est mariée à Ossip Brik depuis 1912. Il s'enthousiasme à la lecture d'un poème de Maïakovski, l'impr […]
