3. La crise des libertés publiques
Parce que la liberté véritable ne saurait résider dans une indépendance chimérique à l'égard des lois de la nature et de la société ; parce qu'elle serait, au contraire, inséparable de la connaissance de ces lois et de leur utilisation méthodique, le marxisme entendra apporter à la vision libérale une contestation qu'il veut fondamentale. Seule la disparition des modes de production fondés sur l'exploitation de l'homme par l'homme suscitera un individu entièrement libre, c'est-à-dire ignorant toute aliénation. Alors seulement commencera la liberté vraie, qui ne peut se concevoir qu'au stade supérieur de la société communiste, après le dépérissement de l'État, quand cessera le « travail imposé par le besoin et la nécessité extérieure ». Cette conception marxiste s'est développée dans deux directions : la critique de la liberté abstraite d'abord, l'affirmation de la liberté concrète ensuite.
• La critique de la liberté abstraite
La prétendue liberté individualiste est fausse et repose sur un postulat erroné : on a voulu faire croire à l'homme qu'il n'était libre que dans la mesure où il se mettait hors de la société, alors que « ce n'est que dans la communauté que la liberté de l'homme devient possible ».
Cette illusion est née de l'ignorance dans laquelle l'individu se trouve de ses propres conditions historiques ; elle a été entretenue par une analyse métaphysique séparant les éléments de la réalité humaine, l'homme n'étant pas situé dans son contexte social. On a présenté comme absolue une liberté qui n'est que relative et historique : n'a-t-elle pas servi à la bourgeoisie dans sa lutte contre la féodalité, pour établir un nouveau pouvoir qu'il était impossible de construire ouvertement sur l'argent ?
La révolution bourgeoise constitue certes un progrès, mais elle ne peut aboutir qu'à une liberté tronquée, car l'État qu'elle installe n'est qu'une « assurance mutuelle de la classe bourgeoise contre ses membres isolés et contre la classe exploitée » (Marx) ; c'est une machine d'oppression d'une classe par une autre, le moyen par lequel la clas […]
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