1. Les libertés publiques et la démocratie
Les libertés publiques se présentent historiquement comme une arme forgée contre l'absolutisme, ce qui conduit logiquement les totalitarismes modernes à les rejeter. En présentant en 1925 son « évangile pour l'Europe du xxe siècle », le Duce s'attaque à elles parce qu'elles nient l'État dans l'intérêt de l'individu ; comme celui-ci doit fatalement être écrasé, Mussolini préfère que ce soit par l'État et dans l'intérêt de la collectivité, plutôt que par des puissances économiques occultes. De la même manière, le national-socialisme substitue à l'idée de droit public subjectif celle d'une situation juridique dont l'individu bénéficierait non comme homme mais comme membre de la communauté : les pouvoirs reconnus aux citoyens le sont dans l'intérêt de cette communauté, car ils n'existent que par elle. Au lieu d'accorder à l'individu des libertés en vue de la satisfaction d'intérêts personnels considérés comme supérieurs aux intérêts généraux, on proclame que l'homme ne peut avoir de droits contre la communauté. L'Espagne franquiste tenait l'octroi de toutes les libertés possibles pour un des maux de la civilisation moderne. L'article 33 de la charte des Espagnols proclamait que l'exercice des droits qu'elle reconnaissait « ne pourra porter atteinte à l'unité spirituelle, nationale et sociale de l'Espagne ». Il n'y avait de ce fait ni liberté d'association (sur le plan politique comme sur le plan syndical) ni liberté de la presse ; la loi constitutive de l'Université, de 1943, imposait à celle-ci d'ajuster ses enseignements au programme du Mouvement. Et si personne ne devait être inquiété pour ses croyances religieuses, on n'autorisait pas « d'autres cérémonies ni d'autres manifestations extérieures que celles de la religion catholique ». La grève était enfin considérée comme une subversion contre l'ordre économique et social institué par le régime.
Les libertés publiques sont ainsi indissolublement liées à la démocratie, c'est-à-dire à la forme de gouvernement qui entend in […]
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