L'État est-il fait pour l'individu ou l'individu pour l'État ? À sa libération de tout déterminisme surnaturel l'homme a voulu ajouter l'affirmation de son autonomie par rapport à l'autorité terrestre. Les libertés publiques sont ainsi considérées comme des droits naturels, indépendants de la volonté du pouvoir, qui ne pourrait ni les supprimer ni même les réduire. Thomas d'Aquin a donné à cette idée d'une législation supérieure au droit positif une force accrue, en la mettant en accord avec le dogme chrétien ; Descartes, enseignant que le monde était entièrement intelligible, a montré qu'il était possible de connaître toutes les lois de l'Univers, y compris ces lois naturelles que l'autorité humaine était tenue de respecter.
Toutefois l'affirmation d'un droit théorique et imaginaire, même sous la forme solennelle d'une déclaration des droits, n'offre aucune garantie réelle, et une véritable liberté semble impossible sans légalité ; selon le mot d'Alain, si l'ordre ne vaut rien sans liberté, « la liberté ne va pas sans ordre ». C'est pourquoi les libertés publiques ne sont pas de simples règles religieuses ou morales, mais des règles juridiques ; elles n'existent que consacrées par la loi. Ce sont des droits reconnus aux particuliers et qui leur permettent de jouir d'un certain domaine d'autonomie.
N'existant qu'en droit positif, parce qu'elles ont été reconnues et aménagées par le pouvoir, les libertés publiques varient naturellement dans le temps et dans l'espace. Lorsque triomphe l'État libéral, elles ont un contenu purement politique et présupposent l'abstention de l'autorité. Mais, dès lors que commence le combat qui verra s'affronter, des décennies durant, deux conceptions de la démocratie, on ne se satisfera plus de la proclamation solennelle de libertés abstraites ; on exigera des libertés concrètes.
1. Les libertés publiques et la démocratie
Les libertés publiques se présentent historiquement comme une arme forgée contre l'absolutisme, ce qui conduit logiquement les totalitarismes mo […]
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