Il est difficile de dire si la déesse Libera eut jamais une existence propre et indépendante de celle de Liber, auquel elle est toujours associée. Liber et Libera (dont les noms dérivent du thème indo-européen leudh, que l'on retrouve dans le grec éleuthéros, libre, et l'allemand Leute, hommes, et qui signifie croissance, germination, développement) président à eux deux aux fonctions génératrices et ont rapport avec la fécondité aussi bien végétale qu'animale ou humaine. Le dédoublement en deux personnages de sexe opposé reproduit le souci courant dans la religion latine, au moment de la personnification d'un principe divin, de l'invoquer sous un aspect à la fois masculin et féminin afin que l'invocation ne manque pas son adresse (Faunus et Fauna, Maius et Maia, etc.). Y a-t-il eu spécialisation plus poussée, comme l'affirme saint Augustin qui, rappelant les rites phalliques de Liber, associe Libera aux organes féminins ? Liber et Libera sont fêtés à Rome le 17 mars aux liberalia (sacrifice à Liber de gâteaux de miel, prise par les jeunes gens de toge virile symbolisant le passage à l'âge adulte). Ayant été, avec Liber, associée à Cérès lors de la fondation du temple commun à cette triade en ~ 496 ( ?), Libera sera parfois, mais rarement, assimilée à la fille de Déméter, Perséphone, d'autre fois, comme par Ovide, à Ariane, amante de Dionysos-Liber, voire tardivement à la Lune tandis que Liber l'était au Soleil.
Jean-Claude DUMONT
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