5. L'équivoque de la « peinture gestuelle »
L'éblouissante audace plastique de cette écriture instantanée qui ne souffre ni arrêt ni repentir, la course du pinceau en transe dont le mouvement est si foudroyant qu'il semble devancer tout contrôle conscient ont incité des observateurs superficiels à faire des rapprochements avec certaines écoles occidentales modernes, telles que l'action painting et l'expressionnisme abstrait. On ne saurait commettre pire contresens : alors que, pour les tenants de la peinture gestuelle, « peindre est d'abord quelque chose de physique », pour l'artiste Chan, au contraire, la peinture (comme l'était déjà l'agir parfait des taoïstes) est essentiellement une opération de la conscience, conscience dont le pinceau apparemment libre n'est plus en fait que le prolongement totalement docile et hypersensible. Ainsi les explosions de l'encre et les accidents du graphisme se trouvent régis par la plus lucide des nécessités : les Six Kakis, jetés en une douzaine de coups de pinceaux et deux tons d'encre sur la page blanche, ne s'agencent pas les uns par rapport aux autres selon l'ordonnancement imprévu et variable d'objets disposés dans l'espace, mais surgissent simultanément du vide suivant l'ordre préconçu, global et définitif d'une vision mentale qui échappe dans son abstraction aux hasards de la matière et du temps.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



