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LIANG KAI [ LEANG K'AI ] ET MUQI [ MOU-K'I ] ( XIIe-XIIIe s.)

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4.  L'attitude du Chan à l'égard de la réalité

Ces classifications de genres spécialisés perdent toutefois largement de leur pertinence dans le cas des peintres Chan : pour eux la réalité est une, ses parties sont interchangeables ; ainsi Liang Kai peint la silhouette de son Immortel ivre comme si c'était une montagne massive et moussue, enveloppée de haillons brumeux. Chaque fragment du réel renvoie à une totalité : la méditation du moine Chan s'appuie sur une contemplation du concret, fût-il le plus humble et le plus quelconque ; on se rappelle la célèbre réponse du maître Chan à un disciple qui lui demandait qui est le Bouddha : « C'est un navet de Zhaozhou qui pèse trois livres » ; dans l'éclair intuitif de l'illumination qui fige l'instant en éternité, la saisie absolue d'une réalité fragmentaire, isolée dans sa pure et irréductible singularité objective, dévoile l'absolu du réel. Les académiciens de Huizong étaient déjà habitués à observer la nature jusqu'en ses aspects les plus infimes, avec une inlassable attention ; les grands lettrés du xie siècle savaient déjà comment tirer parti d'un rocher ou d'un bambou, pour projeter un état de leur conscience. Les peintres du Chan opèrent la synthèse de ces attitudes contradictoires et les dépassent ; la Pie sur un pin de Muqi (collection Hinohara Setsuzō, Tōkyō) possède une vérité plus aiguë que les études des académiciens ; elle n'est pas le produit d'une observation analytique, mais le fruit d'une intuition synthétique ; le mouvement de la vie n'est pas immobilisé par une description extérieure, mais épousé de l'intérieur suivant son élan naturel, dans l'espace d'une seconde privilégiée où le peintre a réussi à s'identifier totalement à l'objet contemplé. Cette démarche s'accompagne d'autre part d'une tension inconnue aux œuvres lettrées : au détachement élégant, à la nonchalance distinguée de celles-ci, se substitue un engagement de tout l'être si soudain et impétueux qu'il se traduit parfois par une spectaculaire brutalité d'écriture – ainsi par exemple le Patriarche du Chan déchirant les sūtra de Liang Kai, ou plus typiquement encore l'extraordinaire peinture des Six Kakis de Muqi (collection du temple Daitoku-ji, Kyōto).

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CHINOISE CIVILISATION - Les arts

Écrit par :  Corinne DEBAINE-FRANCFORTDaisy LION-GOLDSCHMIDTMichel NURIDSANYMadeleine PAUL-DAVIDMichèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENSPierre RYCKMANSAlain THOTE

Dans le chapitre "La dynastie Song (960-1279)"  : …  grands maîtres, à la fin des Song du Sud, ont exprimé les expériences spirituelles de cette secte : *Liang Kai (1140-1210), qui parvint à un style abstrait et expressif, à un art de l'essentiel sans redites ni concessions ; Muqi (actif 1240-1270) dont la vision empreinte de tendresse se plut aux thèmes simples (kakis, animaux, barques rentrant au… Lire la suite

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