3. Le paysage comme « géognose » : l'influence de Humboldt
Le mot « Erdleben » que Carus forge à partir de la septième lettre résume la conjonction de ces deux mouvements. Le paysage doit en effet représenter la « vie de la terre », c'est-à-dire une réalité rigoureusement déterminée par des mécanismes physiques propres au globe terrestre, tout en lui insufflant vie par le langage des formes artistiques. Le paysage devient ainsi « géognose », concept que la rencontre avec Humboldt, complémentaire de celle de Goethe, a permis de préciser à partir de la fin des années 1820. Les vastes fresques géographiques élaborées par le grand explorateur dans le Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent (1814-1825) peuvent et doivent selon Carus inspirer efficacement les paysagistes modernes. Par là, les Lettres ébauchent une définition du paysage artistique qui sera de nouveau développée par Humboldt dans le Cosmos (1845-1862).
Par leur évolution conceptuelle interne, les Lettres sur la peinture de paysage livrent ainsi un témoignage important sur les liens souterrains qui relient des courants de pensée traditionnellement considérés comme hétérogènes et opposés. Pour Carus, la vision romantique du paysage pictural conduit logiquement et sans heurt à une approche scientifique de la nature, qui ne renie cependant jamais tout à fait sa matrice subjective et poétique.
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