2. Le tournant scientifique : Carus lecteur de Goethe
Pourtant ces réminiscences discrètes du romantisme ne doivent pas faire oublier les divergences profondes qui séparent Carus de ce mouvement. Ni Schelling, ni Schlegel, ni même Friedrich ne sont explicitement nommés dans les Lettres. Derrière une approche en apparence subjective et mystique de l'univers transparaît très vite un souci scientifique de restitution exacte du réel, peu compatible avec l'esthétique romantique. Ce tournant a été influencé par un auteur très souvent cité dans les Lettres : Goethe, l'homme qui incarne aux yeux de Carus la rencontre harmonieuse de l'art et de la science, autrement dit l'homme qui a su concilier au mieux une vision poétique de la nature avec les exigences du savoir scientifique. Pour l'auteur des Lettres, Goethe a ouvert la voie à une régénération du paysage pictural, fondée sur l'alliance de deux processus de connaissance : décomposition scientifique des phénomènes naturels conformément aux lois de la géologie et de la météorologie notamment, puis recomposition d'une unité esthétique par le regard poétique de l'artiste.
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