2. Un univers sans dieux
La lettre à Pythoclès, dont l'authenticité a parfois été contestée, est une application de la physique aux « météores » (foudre, cyclones, tremblements de terre, vent, pluie, arcs-en-ciel...), c'est-à-dire à tous les phénomènes qui nous étonnent et qui donnent lieu à des superstitions pourvoyeuses d'insécurité et de craintes infondées. C'est par superstition que les hommes s'imaginent que les cieux et les dieux leur envoient des signes sur lesquels ils devraient régler leurs vies. Enfin, la dernière lettre, à Ménécée, résume l'essentiel de la doctrine morale d'Épicure. Elle renferme la doctrine du « quadruple-remède » (tetrapharmakos) formulée par Philodème dans Contre les sophistes et contenue dans les quatre premiers fragments des Maximes capitales : « Le dieu n'est pas à craindre ; la mort ne donne pas de souci ; et tandis que le bien est facile à obtenir, le mal est facile à supporter. » Seule la philosophie peut nous mener sur la voie du bonheur. Différer de philosopher, parce que l'on considère qu'il n'est pas encore temps ou qu'il n'est plus temps, c'est différer d'être heureux. Il y a donc urgence : dieux, mort, souffrance sont là, toujours prêts à nous détourner du bon chemin. Les dieux, étant immortels, ne se préoccupent pas des affaires humaines. Quant à la mort, elle « n'est rien pour nous » : elle « n'existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu'elle n'a rien à faire avec les premiers, et que les seconds ne sont plus ». Si le plaisir est le souverain bien, il ne faut toutefois pas confondre la thèse d'Épicure avec celle des tenants de l'école cyrénaïque, tel Aristippe, car seule la philosophie peut nous permettre de parvenir à jouir réellement d'une vie heureuse, exempte des maux et des craintes auxquels sont en proie ceux qui n'ont en vue que les jouissances passagères et les joies éphémères. Figure éponyme du sage antique, Épicure fait partie intégrante de ceux qui, dans l'Antiquité, se seront mis à l'école de la philosophie inaugurée par Socrate.
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