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LETTRES DE LA RELIGIEUSE PORTUGAISE

Une portugaise, écrit Mme de Sévigné (1671), est une lettre « tendre », pleine d'une « folie, une passion que rien ne peut excuser que l'amour même ». C'est assez dire le succès du mince recueil publié deux ans plus tôt sous le titre de Lettres portugaises traduites en français, imitées par la suite et augmentées de Réponses ou de Nouvelles Lettres qui ne pouvaient égaler ce chef-d'œuvre. On ne sut à qui l'attribuer, l'anonymat de son auteur favorisant jusqu'à nos jours de fascinantes spéculations. L'épistolière se donne pour une religieuse séduite puis abandonnée par un officier français (Chamilly, ont dit les contemporains) en campagne au Portugal. Il fallut attendre la « note Boissonnade » (Journal de l'Empire, 5 janv. 1810) pour apporter à ceux qui ne doutaient pas de l'authenticité des Lettres une caution historique : « Mariane Alcoforado, religieuse à Beja, entre l'Estramadure et l'Andalousie », était désignée pour la première fois comme celle qui les avait écrites. Il ne restait plus qu'à la retrouver ; on s'y employa, particulièrement au Portugal, où les Lettres furent remises en leur langue et annexées au patrimoine national : « Parce qu'elles représentent une des manifestations les plus véhémentes de l'amour portugais, elles appartiennent, lit-on dans un moderne Panorama de la littérature portugaise (Lisbonne, 1958), par le sentiment sinon par la langue, à notre littérature. » Il est vrai qu'une certaine Maria Ana Alcoforado vécut à Beja de 1640 à 1723 et prit le voile vers ses douze ans ; mais elle importe, au fond, assez peu aux amoureux de la religieuse portugaise : Dominique Aury a même fait remarquer (Lectures pour tous, 1958) qu'elle pourrait bien leur paraître trop âgée — vingt-six, vingt-sept ans — pour écrire : « J'étais jeune, j'étais crédule... »

Cependant, il s'est trouvé très tôt des gens pour accorder toute la paternité de l'œuvre au traducteur : Gabriel-Joseph de Lavergne, vicomte de Guilleragues (1628-1685), diplomate et écrivain, familier des salons où paraissaient Rac […]

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