1. Quatremère face aux conquêtes artistiques de la Révolution
Quatremère connaît bien l'Italie, où il a vécu. Passionné par les récentes découvertes archéologiques, il s'est engagé dans la lutte menée par le peintre Jacques Louis David contre le système académique. Monarchiste constitutionnel, député à l'Assemblée législative en 1791, emprisonné sous la Terreur, il vient d'être libéré après Thermidor et la chute de Robespierre en 1794. Inquiété à nouveau après les émeutes royalistes de 13 vendémiaire, il s'est réfugié outre-Rhin, d'où il ne rentrera qu'après le 18 brumaire, profitant de la paix civile instaurée par Bonaparte. Son texte est donc un brûlot d'opposition. Le Directoire mène une importante politique artistique : Paris, capitale de la Liberté, nouvelle Athènes prête à devenir nouvelle Rome, est la patrie naturelle des arts. Les chefs-d'œuvre de tous les peuples, et en particulier les plus beaux témoignages de l'art antique, doivent venir orner la capitale du monde nouveau issu de la Révolution. Ni rapines, ni spoliations, les « déplacements » d'œuvres, selon l'idéologie forgée sous le Directoire et consolidée ultérieurement sous l'Empire, sont nécessaires. L'École française s'était abâtardie dans les dernières années de l'Ancien Régime, elle doit se régénérer par l'exemple et la fréquentation quotidienne des grands exemples des époques anciennes de l'art. Et le monde entier devra défiler dans cette ville-musée d'où les idées neuves de Liberté et d'Égalité rayonneront d'autant mieux sur le monde qu'on y verra le décor d'une vraie capitale démocratique. Ce sont les idées développées alors notamment par Armand Guy Kersaint (1742-1794), député à la Convention.
L'interlocuteur de Quatremère est un héros romanesque de ce temps, le général Francisco de Miranda, créole né à Caracas en 1750, héros de la guerre d'Indépendance américaine, combattant à Valmy sous les ordres de Kellermann. Il alerte l'« antiquaire » sur ce qui se passe à Rome, où les armées françaises sont en train de démembrer les collections.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



