2. De fil en aiguille
Le film reprend la structure classique du récit picaresque. Un couple de copains au physique complémentaire, le gros Jean-Claude et le frêle Pierrot multiplient les rencontres à chaque fois qu'ils volent une nouvelle voiture, à la manière de Michel Poiccard dans le film de Godard (À bout de souffle, 1959). Ces rencontres sont avant tout sexuelles et les deux voyous font face à tous les visages de la femme française telle que la représentent les stéréotypes cinématographiques : la brave fille facile (Marie-Ange), la jeune mère plus que maternelle (elle donne le sein à Pierrot), la quinquagénaire désabusée qui refuse la ménopause (Jeanne, qui tire une balle dans son sexe pour provoquer de nouvelles règles), la jeune adolescente en rupture de lien familial qui veut se débarrasser de son pucelage. Les figures féminines constituent donc un échantillon sociologique de la française, à l'heure de l'émancipation sexuelle, du moins dans l'imaginaire masculin des protagonistes.
Le machisme évident dont font preuve les deux loubards est magistralement porté par la désinvolture et la spontanéité des deux acteurs révélés par ce film, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Blier s'amuse à transgresser toutes les règles de la bienséance et surenchérit dans l'agressivité verbale. Le moment où les deux comparses hument une petite culotte pour déterminer l'âge de sa propriétaire est resté justement célèbre, tout autant que le plan où se déroule l'échange de partenaires entre les trois personnages principaux et la frigidité ostentatoire de Marie-Ange, alors traitée par Jean-Claude de « morceau de viande ».
Le film est traversé par la question de l'orgasme féminin au moment où le public français découvre les théories de Wilhelm Reich. L'analyse qu'en propose alors Blier est évidemment très idéologique : le plaisir qu'éprouve la jeune mère dans le train, l'orgasme soudain de Marie-Ange, la virginité encombrante de l'adolescente.
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